À Gaza comme ailleurs, la protection d’un journaliste ne devrait pas dépendre de sa notoriété ni de son employeur. La Journée internationale du 2 novembre contre l’impunité remet cette exigence au premier plan. Les chiffres publiés cette semaine appellent toutefois une lecture précise : un taux mondial de dossiers non résolus ne décrit ni la seule Palestine ni le nombre de morts d’une seule année.
Ce que mesure le taux de 86 %
Le Centre régional d’information des Nations unies, le 2 novembre, présente les résultats du rapport 2026 de l’UNESCO : le taux mondial d’impunité atteint 86 %, contre 85 % dans l’édition précédente. Il concerne les cas de journalistes tués suivis depuis 2006. Sur 1 641 cas enregistrés, 223 ont été résolus judiciairement.
Ce suivi est distinct du bilan des décès pour 2024 et 2025, qui compte 189 journalistes et professionnels des médias. Mélanger ces périodes conduirait à une conclusion trompeuse. Un dossier encore non résolu n’équivaut pas non plus à un jugement établissant l’identité ou la responsabilité d’un auteur.
Dans sa présentation du rapport du 2 novembre, Al Jazeera Arabic souligne que certaines affaires restent en cours d’enquête ou sans issue, tandis que d’autres ne disposent pas d’informations actualisées transmises à l’UNESCO. Ces situations différentes expliquent pourquoi la transparence sur l’avancement des procédures fait partie de l’enjeu.
La Palestine dans un relevé mondial
La synthèse d’Al Jazeera indique que l’État de Palestine enregistre les nombres les plus élevés dans le relevé UNESCO de chacune des deux années : au moins 30 journalistes tués en 2024 et 32 en 2025. Ce sont les cas recensés dans ce dispositif, pas un décompte de tous les décès depuis octobre 2023. Les chiffres de plusieurs organismes ne peuvent pas être juxtaposés sans examiner leurs périodes et leurs critères.
Une protection liée au statut civil
Dans sa foire aux questions sur le droit humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge rappelle que les journalistes civils sont protégés contre les attaques directes tant qu’ils ne participent pas directement aux hostilités. Photographier, filmer ou rendre compte d’un conflit constitue une activité journalistique, et ne vaut pas, en soi, participation aux combats.
Le CICR précise que cette protection vaut aussi pour les journalistes locaux et indépendants. Elle ne dépend ni d’une accréditation officielle ni du port d’un marquage « presse ». Une couverture critique ne justifie pas une attaque. Ces règles générales ne remplacent pas l’examen des faits dans chaque affaire.
Prévenir les violences et établir les responsabilités répondent ainsi à deux besoins complémentaires. Notre dossier sur l’agression de Heidi Levine en Cisjordanie illustre les demandes d’enquête suscitées par un événement précis. À l’échelle mondiale, suivre ce que deviennent les plaintes et les investigations permet de regarder au-delà de l’annonce d’une ouverture de procédure : jusqu’aux résultats accessibles aux victimes, aux familles et au public.
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