Des portraits de famille, des mariages, des scènes de plage : les photographies de Kegham Djeghalian Senior racontent une vie quotidienne à Gaza qui dépasse les images de guerre. Son petit-fils, Kegham Djeghalian Junior, en a fait le point de départ de « Photo Kegham de Gaza : une archive inachevable », présentée à Marseille du 16 mai au 12 septembre 2026. L’exposition est désormais terminée, mais le projet pose une question durable : comment regarder les personnes dont les images ont traversé les ruptures de l’histoire ?
Une histoire de la ville à hauteur de ses habitants
Dans son article culturel du 5 juin 2026, Al Araby Al Jadeed décrit un ensemble de photographies des années 1940 aux années 1970, mêlant portraits de studio et scènes sociales. Le studio Photo Kegham, fondé à Gaza en 1944, était devenu un lieu important de la vie visuelle de la ville.
Ces images invitent à prêter attention aux gestes et aux relations : se réunir, se faire photographier, célébrer un événement. Elles donnent à voir des habitants avec leurs liens et leurs habitudes, sans réduire chacun à une seule identité politique ou à une situation de détresse.
Retrouver des négatifs, puis choisir comment les montrer
Dans un entretien publié en août par l’Institut français, le petit-fils raconte le retour de ces images dans sa vie après la découverte de trois boîtes rouges au Caire, en 2018. Faire ressurgir les négatifs exige ensuite de les numériser et de choisir ce qui sera montré. Il souligne ainsi que toute archive résulte aussi d’un regard et d’une sélection.
Son parti pris d’exposition consiste à donner un cadre général, Gaza entre 1944 et la fin des années 1970, puis à retirer les cartels individuels pour favoriser une rencontre directe avec les personnes photographiées. C’est un choix artistique de présentation, qui ne transforme pas les images en récit exhaustif de la ville.
La présentation du Centre Photographique Marseille inscrit cette démarche dans une histoire ouverte et non linéaire. Comme pour les films conservés dans Tokyo Reels, le support transmis et la manière de le montrer participent à notre lecture. Ici, le visage ordinaire d’une ville revient au premier plan.
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