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Gaza et l’intelligence artificielle : comprendre l’entretien de Bertrand Badie dans Mondialités
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Gaza et l’intelligence artificielle : comprendre l’entretien de Bertrand Badie dans Mondialités

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Gaza et l’intelligence artificielle : comprendre l’entretien de Bertrand Badie dans Mondialités

Ciblage, contrôle humain et responsabilité politique : une lecture détaillée de Mondialités, recoupée avec les travaux du CICR et les enquêtes sur Lavender.

Montage de la vignette Off Investigation : des portraits, une cible sur des immeubles et la question « Qui arrêtera la machine ? ».
Vignette de la vidéo YouTube publiée par Off Investigation. Crédit conservé ; vidéo disponible dans le lecteur officiel. Vignette composée ou illustrée, pas une photographie brute d’une scène.

Qui décide lorsqu’un logiciel recommande une cible ? Et que devient la responsabilité humaine quand une procédure militaire traite des personnes comme des données ? Dans l’émission Mondialités publiée par Off Investigation le 2 octobre 2026, Théophile Kouamouo interroge le politiste Bertrand Badie sur Gaza, les usages militaires de l’intelligence artificielle et la possibilité d’une régulation internationale.

L’entretien dure 44 min 14 s. Il part du documentaire NAZA et élargit la discussion aux transformations de la guerre. C’est une analyse politique : les propos de l’invité, les accusations rapportées et les recommandations d’organisations humanitaires doivent être distingués. Notre lecture s’appuie sur la transcription française de l’émission, puis sur des sources complémentaires.

Regarder la vidéo

Vidéo publiée par Off Investigation sur YouTube le 2026-10-02. Lecteur officiel. Vignette : Off Investigation, utilisée pour présenter la vidéo intégrée.

Gaza oblige à poser des questions concrètes sur l’IA

Les discours sur l’intelligence artificielle évoquent souvent des capacités futures. L’entretien déplace la discussion vers ses usages présents : organiser du renseignement, produire des recommandations et accélérer certaines décisions. À partir de 17 min 41 s, Bertrand Badie insiste sur la volonté politique qui utilise un instrument. Il refuse de faire disparaître l’acteur humain derrière la technique.

Ce déplacement est utile pour lire les informations militaires. Un système peut calculer, classer ou proposer. Des personnes choisissent ses objectifs, les données qu’il reçoit, les conditions de son emploi et la manière dont ses résultats sont contrôlés. Demander seulement si une machine est « intelligente » laisse ces décisions dans l’ombre.

Le contexte humain apparaît dans notre article consacré à From Gaza with love, le film de Suhail Nassar et Charles Villa. Là où l’entretien examine des systèmes de décision, le documentaire suit des habitants dont la vie ne tient pas dans une catégorie informatique.

Une aide à la décision n’est pas automatiquement une arme autonome

Le CICR distingue les systèmes d’aide à la décision militaire des armes autonomes. Les premiers analysent des données pour éclairer un choix humain ; les secondes peuvent, après activation, sélectionner une cible et employer la force sans nouvelle intervention humaine. Toute technologie militaire utilisant de l’IA n’appartient donc pas à la même catégorie.

Cette distinction évite une confusion fréquente : un algorithme utilisé dans le renseignement ne prouve pas qu’un robot a déclenché une frappe. Elle permet de poser la bonne question à chaque étape. Quelle information a été produite ? À qui a-t-elle été transmise ? Quel contrôle a précédé l’action ? La rapidité d’un outil ne répond pas à ces questions.

Lavender : une enquête à lire avec sa réponse contradictoire

L’émission mentionne Lavender, un système au cœur de l’enquête publiée par Yuval Abraham pour +972 Magazine et Local Call le 3 avril 2024. À partir de témoignages de membres du renseignement israélien, cette enquête décrit un usage de données pour identifier des personnes soupçonnées d’appartenir aux branches armées du Hamas ou du Jihad islamique, ainsi qu’un contrôle humain que les sources jugent insuffisant.

Le même article rapporte une réponse de l’armée israélienne contestant cette description, notamment l’idée d’une liste de personnes à tuer produite par l’IA. Il s’agit donc d’une enquête journalistique comportant des témoignages et une contestation, pas d’un jugement établissant chaque responsabilité. Les enquêtes de +972 et de Local Call sont un travail commun : les compter comme deux confirmations indépendantes serait trompeur.

Le 15 avril 2024, des experts indépendants des Nations unies ont exprimé leurs préoccupations au sujet des usages présumés de l’IA et de leurs conséquences à Gaza. Leur communiqué constitue une alerte publique ; il ne remplace pas l’examen judiciaire de chaque frappe. Notre archive consacrée à une enquête d’Al Jazeera sur les crimes de guerre à Gaza présente un autre travail journalistique, publié en octobre 2024.

Le danger d’une validation devenue automatique

Une personne peut rester officiellement dans une procédure tout en cessant de la contrôler réellement. Si elle reçoit trop de recommandations, si elle manque de temps ou si elle considère la sortie du logiciel comme fiable par défaut, sa signature peut devenir une formalité. Le CICR identifie ce risque de confiance excessive envers les résultats d’un système, appelé biais d’automatisation.

Un score n’explique pas à lui seul pourquoi une personne est classée dans un groupe. Une donnée peut être ancienne, mal interprétée ou associée au mauvais individu. Dans une guerre, l’actualité d’une information compte autant que sa disponibilité. Un contrôle utile doit donc permettre de demander des preuves, de contester une recommandation et d’arrêter la procédure.

L’enjeu dépasse le logiciel. Nos archives sur les transferts d’armes vers Israël entre 2013 et 2023 et sur l’enquête d’Off Investigation consacrée aux ventes d’armes françaises abordent les moyens matériels et les décisions politiques qui entourent l’emploi de la force. Ces textes datés apportent un contexte, sans documenter les contrats actuels d’une entreprise d’IA.

Ce que Bertrand Badie appelle une industrie de la destruction

À partir de 14 min 24 s, l’entretien présente une lecture des transformations de la guerre : la destruction de la société adverse pourrait devenir une finalité, au-delà de la défaite d’une armée. Bertrand Badie développe cette idée comme une interprétation des rapports de puissance. Elle ne doit pas être confondue avec une description technique exhaustive des opérations à Gaza.

Cette réflexion pose une question politique : comment évaluer une stratégie si ses effets touchent les logements, les soins, l’éducation et les possibilités de vivre ensemble ? Notre dossier sur les destructions observées dans les cartes satellites de Gaza aide à situer l’échelle territoriale des dommages. Notre archive sur les familles et les orphelins déplacés rappelle une autre dimension, celle des liens que la guerre fragilise.

La comparaison avec le nucléaire a des limites

Autour de 21 min 47 s puis de 24 min 18 s, les intervenants comparent l’IA militaire à la dissuasion nucléaire. Badie souligne une différence de logique : une technologie qui promet un avantage opérationnel peut encourager son utilisation, là où la crainte d’une destruction réciproque est censée contenir l’emploi de l’arme nucléaire.

C’est une comparaison stratégique, pas une équivalence entre deux technologies. Elle ne signifie ni que toutes les IA sont des armes, ni qu’une crise nucléaire et un système de ciblage produisent les mêmes risques. L’intérêt du passage tient à la question de l’incitation : qu’est-ce qui encourage l’emploi d’un outil, et qu’est-ce qui impose une retenue ?

Conserver les traces et la possibilité de demander des comptes

À 29 min 35 s, la discussion aborde le risque de présenter une décision comme celle de l’IA ; à 31 min 33 s, elle évoque la justice internationale. Un entretien ne peut pas déterminer à lui seul les éléments constitutifs d’un crime ni la compétence d’une juridiction dans un cas donné. Il peut, en revanche, rendre visible la nécessité de documenter les décisions.

La publication d’une enquête, la conservation d’images et la possibilité de vérifier les récits ont ici leur place. Notre archive sur les restrictions imposées au bureau d’Al Jazeera en Cisjordanie traite de l’accès à l’information. La question des décisions internationales peut également être prolongée par notre archive du vote de l’Assemblée générale de l’ONU de septembre 2024.

Pour regarder l’entretien, on peut retenir un fil simple : identifier l’outil, reconstruire la décision humaine et vérifier les protections dont disposent les civils. Une innovation technique ne dispense pas d’expliquer qui la commande, qui peut la contester et comment ses effets sont examinés.

Repères pour retrouver les passages

Sources et références

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